Orage d’été

Dans la nuit d’hier, il y avait un gros orage, avec de la pluie et du vent pendant de longues heures. Réveillée vers 6 heures du matin, je me suis mise à imaginer ce petit texte. Attention, c’est assez gnangnan, mais ce que je voulais c’était décrire l’orage ^^

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Le train roulait à tout allure. Du moins, c’est ce qu’elle ressentait dans son corps car il faisait encore nuit dehors. Par la fenêtre, elle ne voyait que sa silhouette pensive. Mais le vent soufflait violemment, le tonnerre déchirait le ciel et parfois un éclair argenté tranchait la nuit. Il éclairait alors la campagne, brièvement, montrant des paysages changeant. Dans cette fraction de seconde, la jeune femme repérait un détail qui s’imprégnait dans la rétine de ses yeux : un clocher de pierre, une grande maison avec une piscine dont l’eau était plus agitée que l’océan, un vieux saule avec des branches tordues par le vent violent. Le tonnerre éclata violemment, un éclair illumina une petite route déserte et l’obscurité reprit sa place. Une nouvelle fois la jeune fille se trouva face à son reflet déformé par la pluie. L’eau formait des larmes sur ses joues, délavait des cheveux et la faisait ressembler à une noyée. La jeune fille sourit.

Le vent était si violent qu’il faisait tanguer le wagon. Des chocs retentirent sur les vitres et elle se rendit compte qu’il s’agissait de petits grêlon. L’un d’eux frappa le plexiglas juste à côté de son visage et elle se rendit compte qu’ils n’étaient pas si petits.

La jeune fille tourna la tête et dévisagea l’unique passager qui partageait son wagon. Environ trois rangées plus loin, une femme d’une soixantaine d’années qui avait de toute évidence des problèmes de surpoids, avait les lèvres serrées et le visage pâli par l’angoisse. Peut-être redoutait-elle que le vent renverse le train. Après tout, il était si violent ! Peut-être craignait-elle que la foudre ne les électrocute tous, prisonniers dans ce véhicule de métal. La femme se rongea nerveusement les ongles avant de jeter un œil furieux sur sa manucure. Sa voisine crut comprendre que c’était une mauvaise habitude qu’elle essayait de perdre ou dont elle avait réussi à se débarrasser… jusqu’à maintenant.

La jeune fille tenta à nouveau de percer la nuit. Le jour se levait, au loin, bordant l’horizon d’un fin liseré bleu de plus en plus pâle. Les nuages se dévoilaient enfin, lourds et remplis de circonvolutions noires. Le vent fouettait les arbres et plusieurs branches épaisses gisaient sur les routes. Les jardins devaient être ravagés par la grêle et les éclairs ne cessaient de suivre de près les coups de tonnerre.

Peut-être la femme adipeuse redoutait-elle de courir sous la pluie pour rentrer chez elle. Il était vrai que cette même perspective ne l’enchantait guère elle-même.

Mais son cœur n’avait jamais été si paisible. Elle se sentait heureuse. La violence de l’orage ne faisait que renforcer son plaisir. Certes quand elle arriverait chez elle, ses parents râleraient sûrement : aller la chercher aussitôt le matin, conduire sous cette tempête, également pour le jardin prometteur qui ne porterait plus aucun fruit, mais cela lui était égale. La sensation d’accomplissement agissait comme un porte-bonheur qu’il serait incapable d’affadir dans l’immédiat.

Une voix anonyme finit par annoncer leur entrée en gare. La jeune fille enfila son blouson et lança la bride de son sac sur son épaule. Elle glissa son ticket qui n’avait pas été contrôlé dans sa poche et se rapprocha des portes.

Lorsqu’elles s’ouvrirent, un rideau de pluie lui fit face. Elle bondit et se retrouva à l’abri, mais ce n’était que de courte durée. La veille, elle n’avait pris qu’un simple blouson, pensant qu’une petite pluie ne lui ferait pas de mal puisqu’elle n’avait quasiment pas de chemin à faire dans la rue. Elle le regrettait à présent…

Elle sortit de la gare et aperçu la voiture de ses parents de l’autre côté du parking. Les essuie-glaces battait violemment sur le pare-brise, projetant l’eau et la grêle mêlée sur le bas-côté. Les phares illuminaient la pluie qui tombait, rendant le rideau encore plus opaque.

Prenant une inspiration, la jeune fille se jeta sous la pluie. Les torrents d’eau et les petits grêlons tavelèrent ses bras et ses jambes nues. Quelle idée d’avoir pris une jupe la veille !

Enfin, elle entra dans la voiture, trempée, les cheveux plaqués sur son visage, des traces noires de maquillage sur ses joues la faisant ressembler à un pantin triste.

« – Eh bien, heureusement que nous sommes venus te chercher ! fit sa mère.

– Oui, merci. C’est un sacré orage !

– Ça a l’air de te réjouir…

– J’aime bien les orages. Et puis, je suis de bonne humeur… j’ai réussi ma licence ! »

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La pluie cognait sur les vitres tandis que le vent les faisaient trembler. Dans l’immeuble, des volets claquaient. Le tonnerre qui grondait avait forcé le chat à se réfugier sous un meuble et à chaque éclair, il l’entendait miauler à fendre l’âme.

Pourtant, il se trouvait devant son ordinateur. Sa main était encore sur la souris, mais son dos reposait contre le dossier du fauteuil, ses yeux fixaient d’un air vague son personnage qui gisait mort sur le sol. Alors que la musique tragique tournait en boucle, il n’avait pas appuyer sur « recommencer » pour tenter de surmonter l’épreuve. Ses pensées tournaient en boucle, rendue morose par la pluie nocturne. Peut-être devait-il aller se coucher, mais tout son être était fait de contradictions. Il avait sommeil, mais pensait ne pas pouvoir s’endormir ; il avait chaud, mais redoutait le frais de sa chambre ; il était courbaturé, mais était incapable de quitter son fauteuil.

Soudain un coup de tonnerre fracassa le silence de la nuit et fit sursauter le jeune homme. Craignant pour son ordinateur, il l’éteignit et se mit au lit dans la foulée. Pourtant, il était incapable de trouver le sommeil. Elle restait toujours dans ses pensées.

Le chat entra en trombe dans la chambre et se précipita sous le drap. Il se mit à ronronner avec véhémence, mais après quelques caresses, son poil se hérissa et il s’enfuit de nouveau se réfugier sous un meuble.

Les volets claquèrent et il entendit un enfant hurler de peur. Lui-même ne se sentait pas particulièrement en forme et n’aurait pu trouver le sommeil même sans penser à elle. Pourquoi l’obsédait-elle autant ?

Il remua, cherchant un peu de fraîcheur. Il aurait presque eu envie de se jeter sous la pluie, mais le tonnerre et les éclairs n’avaient rien de rassurant. Il était quasiment sûr d’avoir entendu la foudre tomber dans son quartier quelques heures auparavant.

Pourquoi était-elle aussi pénible ? Ils étaient bien ensemble, mais il avait fallu qu’elle se mette à exiger. Il ne supportait pas ses ordres, ni la façon qu’elle avait de tout vouloir gérer. Pourtant ils s’entendaient si bien sur tant de sujets ! Au lit surtout… il fallait l’admettre, elle était incroyable, créative… autoritaire également il fallait le reconnaître, mais de temps en temps… cela changeait tellement des autres filles complexées qui attendaient dans le noir que tout soit terminé…

Devait-il vouloir plus alors qu’il avait déjà tellement ? Ne pouvait-il faire quelques sacrifices ?

Sa raison l’approuvait, son cœur n’avait qu’envie de s’enfuir.

Son cœur était en réalité plutôt en quête d’une fille qui s’entendrait mieux avec son caractère. Et elle existait en plus, pourquoi hésiter ?

Alors peut-être craignait-il le changement. Que l’orage qui s’annonçait dans sa vie soit aussi violent que celui qui effrayait son chat. Que les arbres déracinés au dehors représentent les amis qu’il perdrait s’il la rejetait.

Mais après tout, se ne serait qu’un orage d’été, aussi violent que bref, bien vite oublié.

Un éclair illumina la nuit, traversa les persiennes de ses volets et illumina brièvement la petite chambre.

Le jeune homme se tourna sur le côté gauche, puis sur le côté droit, tenta d’enfouir sa tête dans son oreiller, puis se remit sur le dos. Décidément, ce ne serait pas cette nuit qu’il pourrait s’endormir.

Dehors, l’orage s’éloignait. La pluie tombait encore, mais ce n’était plus la tempête de la nuit.

Le jeune homme se leva et prit une douche. Il peigna ses cheveux et enfila une chemise propre avant de l’enlever aussitôt. Il était inutile qu’il transpire et la froisse. Un simple T-shirt suffirait pour le trajet. Il fallait qu’il la rejoigne, il en était sûr désormais.

La pluie et le vent le fouettèrent le temps qu’il rejoigne le parking. La nuit cédait peu à peu sa place à une aube encore bleu donnant un air étrange à la rue. Abandonnée, fouettée par les trombes d’eau quasiment horizontale, les arbres se penchaient jusque dans la rue et de toute part des volets et des portes claquaient, les portails grinçaient dans leurs gonds. La ville semblait abandonnée et avait un petit air de fin de monde. Il s’imagina alors être le dernier survivant, entouré de morts, de vies détruites et pourquoi pas des zombies qui rôdaient dans ses jeux vidéos. Alors qu’il tournaient dans une petite ruelle à peine éclairée par une lampadaire clignotant, il ressentit une peur irrationnelle. Son imagination était parfois trop puissante, pour arriver à se faire peur lui-même de cette manière !

Pourtant, lorsqu’il entra enfin dans sa voiture, il verrouilla les portières, alluma la veilleuse et mit immédiatement le contact. Alors qu’il commençait à rouler dans la ville déserte, entrecoupée de stop et de feux rouges, il alluma la radio et monta le son.

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Grâce au GPS, il avait pu trouver le village où elle habitait. Il ignorait où se trouvait sa maison, en revanche. Il se gara alors dans le centre du village, enfila sa chemise et se rendit dans la boulangerie. La pluie était encore drue et l’intérieur de la boutique fut des plus accueillants : la chaleur du feu de bois, l’odeur des croissants tout juste sortis du four, le sourire de la jeune femme qui l’accueillit.

Il demanda où se trouvait la maison qu’il cherchait et la jeune femme dessina un plan précis. Le jeune homme remercia et décida de lui acheter quelques croissants. En plus, elle était gourmande, il en était sûr.

Elle habitait à l’extérieur du village et il dut suivre une petite route gorgée d’eau. Mais bientôt, il arriva à destination. La pluie cessa presque et un rayon de soleil perça les nuages. Le jeune homme sonna à la porte et par chance, se fut elle qui ouvrit.

Elle le regarda, étonnée, avec sa chemise mouillée, ses cheveux qui frisaient sous l’humidité et son sachets de croissants qui s’imbibaient d’eau.

« – Salut, fit-elle en reculant, lui permettant de s’abriter sous le porche. Qu’est-ce que tu fais là ?

– J’ai appelé Anne-Laure. Je l’ai quitté ce matin. C’est toi que j’ai choisis, j’en suis sûre maintenant. »

Un sourire timide illumina le visage de la jeune femme. Elle l’embrassa et décida que cette semaine était décidément très positive. Sa vie d’étudiante se terminait et sa vie de femme commençait sous les meilleurs hospices. Après tout, elle avait toujours aimé les orages d’été !

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Un commentaire pour Orage d’été

  1. despratestudents dit :

    Tu as une plume si fine si élégante!! Je ne trouve pas ça gnan gnan, pour ma part! La seule critique que je serait c’est que c’est un peu trop descriptif mais comme c’est le but, c’est très réussi! ^^

    J'aime

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