Suite de l’extrait spécial Halloween

  Lorsque l’aube se leva sur la forêt, Lisbeth était épuisée. Elle avait couru sans se retourner, ne s’arrêtant que quelques minutes pour monter dans un arbre. Derrière elle, plus aucun bruit, ce qui la rassura. Lisbeth se tourna vers l’avant et chercha l’est. Le retrouvant, elle se remit en marche. Le soleil du matin se mit à briller et la jeune fille reprit courage. Elle se demanda même si elle devait retourner sur ses pas, une curiosité malsaine l’y poussait, mais une peur sourde la forçait à avancer. Le jeune soldat reprit confiance en elle et continua d’avancer même lorsque des nuages cachèrent le soleil et qu’une pluie froide se mit à tomber. Voyant le bon côté des choses, elle remplit sa gourde. Se cachant sous des branches, elle fit le point sur son parcours. Elle ne savait pas combien de temps elle avait marché dans la mauvaise direction et, de plus, n’avait rien à manger. Après être restée un moment à l’abri, la jeune fille décida de se remettre en chasse. La faim se faisait sentir maintenant qu’elle ne ressentait plus cette peur qui la taraudait depuis plusieurs jours. Elle trouva un terrier de lapin et guetta devant celui-ci. L’attente fut longue, mais récompensée. Lorsque la pluie cessa et que le soleil revint, le lapin sortit de son terrier, Lisbeth lança sa pique et cloua la créature poilue au sol. Heureuse d’avoir enfin à manger, elle dépeça le lièvre, le vida et tenta d’allumer un petit feu. Les branches étaient bien trop humides pour prendre, elle se contenta donc de manger un bout de chair cru avant de ranger le reste de son dîner et de trouver un endroit plus propice. Ragaillardie, elle se mit à chercher de nouveau un point d’eau pour pouvoir remplir sa gourde lorsqu’elle serait à nouveau vide. Ses vêtements séchaient sur elle, la présence hostile avait disparu, et finalement elle avait déjà bien avancé dans cette forêt. La jeune fille avait survécu à la première épreuve qu’on lui avait envoyée et surmonté sa terreur irrationnelle.

Le soir, elle trouva un arbre aux branches très longues et épaisses. Sous les plus basses d’entre elles la pluie n’avait pas traversé et la jeune fille put récolter des brindilles sèches pour établir son campement. Elle fit cuire son lièvre et l’odeur de cuisson lui sembla plus savoureuse que tous les plats raffinés qu’elle avait mangés avec ses parents. Rassasiée, Lisbeth se coucha près du tronc, sur un tapis de mousse, un toit quasiment hermétique au-dessus de la tête. Le lieu était agréable et la jeune fille rompue de fatigue sombra dans le sommeil en quelques secondes.

Le lendemain, elle se réveilla fraîche et dispose et continua son chemin le cœur plus léger. Son but se rapprochait, Lisbeth sentait qu’elle pourrait l’atteindre d’ici quelques jours. Dans l’après-midi, elle ressentit une nouvelle fois la présence de la dangereuse créature, mais la jeune fille se moqua d’elle-même. Le monstre était mort et seule sa peur irrationnelle restait encore, lui faisant croire à des bruits de pas quand une simple brindille tombait à cause du vent.

Elle réussit à attraper deux autres lapins bien gras et trouva une source pour remplir sa gourde. À la fin de la journée, elle avait bien progressé et était satisfaite de son parcours. Elle installa son camp et fit cuire les lapins. Elle déchirait la viande cuite à point à belles dents lorsqu’elle entendit des pas. Encore lointains, ils étaient déterminés, comme un homme qui marche dans un but précis. Lisbeth tendit l’oreille et le bruit se rapprocha, toujours régulier. Quelqu’un venait dans sa direction. Une autre recrue ? La personne qui l’avait sauvé de la créature ? Habitée par un mélange de crainte et d’espoir, la jeune fille sortit son arme de son ceinturon et la tenant pointé vers la nuit, cria :

« – Il y a quelqu’un ? J’ai à manger et un bon feu, si vous voulez ? Est-ce que vous faites également votre service militaire ? Est-ce vous qui m’avez sauvé, avant-hier ? » Elle n’eut aucune réponse et décida de se lever, sur ses gardes. Supposant que le nouvel arrivant ne l’avait pas entendu, elle demanda, un peu plus fort :

« – Est-ce qu’il y a quelqu’un ? Qui êtes-vous ? Montrez-vous, je ne vous veux aucun mal ! » Encore une fois, elle n’obtint aucune réponse, mais les pas continuèrent de se rapprocher, toujours au même rythme, de plus en plus près. Quelque peu apeurée après son expérience avec l’autre créature, Lisbeth se sentit oppressée par cette présence silencieuse. Elle jeta son sac à dos sur son épaule et gardant toujours son arme au poing décida de s’enfuir. Elle laissa le feu allumé pour que le nouvel arrivant pense qu’elle y était toujours et se glissa le plus silencieusement possible dans la forêt ténébreuse.

Il était difficile de se déplacer rapidement et sans faire de bruit dans une obscurité quasiment totale. Les branches craquaient sous ses pieds, mais heureusement la pluie du dernier jour en avait ramolli plus d’une. Néanmoins, elle se prit souvent les pieds dans des racines qui dépassaient du sol et trébucha. Ses mains se retrouvèrent rapidement écorchées, comme ses genoux. Elle marcha le plus longtemps possible, mais au bout d’un temps incertain à estimer dans cette obscurité où seuls les battements de son cœur comptaient, Lisbeth décida de grimper dans un arbre. Ce ne fut pas chose facile d’en trouver un assez gros pour la dissimuler et ensuite d’effectuer l’escalade sans y voir. Elle devait se fier à l’écorce rugueuse sous ses doigts et retenir de petits cris de frayeurs lorsque sa main plongeait dans un trou couvert de toiles d’araignée probablement venimeuses ou glissait sur les écailles d’un reptile endormi. Elle réussit finalement à trouver une branche assez épaisse pour s’y asseoir et assez haute pour ne pas être vue du sol. La jeune fille calma les battements de son cœur. À force d’essayer d’être silencieuse, les plus petits bruits de la nuit résonnaient comme des coups de feu dans ses oreilles et si elle entendait parfaitement le trottinement d’une souris sur le sol en bas de l’arbre, elle était incapable de savoir si elle avait été suivie ou non. Les pas réguliers de l’homme qui s’était approché de son feu se confondaient avec ceux de son pouls et il lui fallut de longues minutes pour se dire que, finalement, elle n’avait pas du être suivie.

Lisbeth rangea son pistolet et sortit un couteau. Elle attacha son poing fermé sur l’arme pour être sûre de ne pas le lâcher en dormant et tenta de trouver un peu de repos. Mais son sommeil ne fut pas paisible. Des rêves vinrent la hanter où une créature reptilienne descendait de la cime de son arbre pour la dévorer toute crue, comme un lézard qui gobe un œuf. Parfois, elle imaginait un homme qui se battait conte le lézard géant et lui sauvait la vie. Il était beau, séduisant, se battait merveilleusement bien et puis les griffes du lézard, dans un dernier râle, lui entaillait le visage. Il se tournait alors vers elle, un œil crevé et la joue balafrée, couvert de sang, une épée dégoûtante des intestins de la créature. Comme il s’approchait d’elle en souriant hideusement, Lisbeth se réveilla en hurlant.

L’aube était proche, projetant une lueur bleutée sur les arbres. La jeune fille décida de se remettre en marche. Son suiveur n’était peut-être qu’un soldat, une jeune recrue égarée, comme elle, incapable d’entendre ou de parler, mais elle ne voulait prendre plus aucun risque. Peu importait si on la prenait pour une couarde, elle ne reviendrait pas sur ses pas. Au contraire, elle avancerait, de plus en plus vite, vers sa destination et sortirait victorieuse de cette épreuve pour retrouver sa sœur. Où était-elle d’ailleurs, Kinuito ? Dans la même forêt ou dans un lieu totalement différent ? Lorsqu’elle était partie, sa jumelle était toujours endormie. Lisbeth espéra qu’elle effectuait sa mission, comme elle et que Kinuito ne devait pas attendre son retour pour partir à son tour.

Alors que le soleil montait dans le ciel, la jeune fille retrouva des idées positives. La forêt était paisible et même si elle était moins nourrie que d’ordinaire, son allure restait régulière. Le soir venu, elle établit son campement et décida de chasser tous ses cauchemars pour enfin prendre du repos. La fatigue se faisait sentir et si cela faisait maintenant plus de deux semaines qu’elle n’avait pas vu son visage, elle sentait la peau sous ses paupières tirailler ce qui lui laissait penser qu’elle devait avoir de grands cernes mauves autour des yeux. Le feu prit rapidement et elle mangea avant même que le soleil ne disparaisse complètement. Le ventre plein, elle posa la tête entre ses bras et s’endormit dans la seconde.

Lisbeth se réveilla en sursaut au milieu de la nuit. Des pas approchaient d’elle. La jeune recrue regarda autour d’elle, mais au-delà de son feu mourant, elle ne voyait que des arbres aux troncs tordus par les doigts fermes de l’obscurité. Une nouvelle fois, elle entendit les sons, réguliers et légers, mais toujours plus proches. Comme la première nuit, Lisbeth décida de quitter son campement. Elle prit ses affaires, garda son couteau à la main et s’éloigna le plus silencieusement possible du feu. La jeune fille crut un instant que son stratagème avait été efficace, que son poursuiveur ne recherchait qu’un peu de lumière et de chaleur, mais soudainement les bruits se firent plus proches d’elle, plus rapides. Lisbeth se mit à courir le plus vite possible, essayant tout de même de faire attention au bruit, mais la créature devait avoir l’ouïe fine. Changeant de stratagème, Lisbeth se cacha dans le tronc d’un arbre creux et attendit, régulant sa respiration et les battements de son cœur. Les pas hésitèrent et la jeune fille se détendit. Il lui suffirait de patienter et de repartir dans plusieurs minutes. Mais alors, le son se rapprocha à nouveau, venant de l’est et la poussant vers le sud, dans une direction qu’elle ne connaissait pas. La jeune fille se remit à fuir et courut tout au long de la nuit. À chaque fois, qu’elle s’arrêtait, les pas reprenaient, toujours suffisamment proche pour lui faire reprendre sa course. Elle comprit rapidement qu’elle était traquée. La chose qui la suivait la guidait là où elle le souhaitait et Lisbeth, malgré ses efforts, n’arrivait pas à rejoindre sa route. Bientôt, elle serait rabattue comme une vulgaire volaille vers une meute qui la déchirerait de leurs dents ou vers des falaises où elle tomberait.

L’aube se leva et la trouva épuisée, le regard vide et le cœur battant. La végétation avait changé autour d’elle et un marais s’annonçait un peu plus loin. Les pas inquiétants s’estompèrent et Lisbeth put prendre du repos. Un dilemme s’imposa alors à elle : ce qui la suivait avait l’air de chasser uniquement la nuit. Les quelques heures de sommeil qu’elle avait pu prendre au coucher du soleil étaient déjà loin derrière elle, et elle savait qu’elle ne pourrait pas tenir très longtemps si elle marchait jour et nuit. D’un autre côté, si elle dormait le jour, son poursuiveur n’aurait pas besoin de beaucoup de temps pour la précipiter dans des sables mouvants. Elle devait dormir et s’éloigner le plus possible de ce lieu qui s’annonçait comme celui de sa mort prochaine. Lisbeth but une gorgée d’eau et regarda la couleur du ciel. Il était encore tôt, elle pouvait s’accorder quelques heures de sommeil.

Elle s’endormit et se réveilla un peu plus tard. D’un pas décidé, elle repartit dans la bonne direction une fois qu’elle l’eut retrouvée. Il fallait mettre le plus de distance possible entre cette chose et elle durant la journée. Et pendant la nuit essayer de ruser, de se faufiler, pour ne pas être entraînée là où elle ne le voulait pas. Mais les heures filèrent bien trop vite et malgré tous ses efforts, elle avait l’impression de ne s’être pas assez éloignée des marécages.

La jeune fille ne fit pas de feu malgré le froid qui s’emparait de ses membres. Pour éviter de se refroidir plus et également pour gagner du terrain, elle ne s’arrêta que quelques minutes avant de reprendre son chemin, un morceau de viande dans une main, son couteau dans l’autre. Elle avait tout de même marché plusieurs heures d’affilé, aussi lorsqu’elle entendit de nouveau les pas, un frisson glacé parcouru son échine. Son poursuivant ne semblait pas progresser très vite, mais était tout de même assez proche d’elle pour qu’elle puisse l’entendre. Elle accéléra sa marche, se concentrant sur sa respiration et sa destination. Un pas, un autre, chacun pensé, dirigé par ses hanches et non les muscles de ses mollets. Comme le colonel Eohn’ceo le lui avait appris, comme il le fallait pour économiser son souffle et solliciter tout son corps sans blesser les muscles. Elle ne savait pas si elle allait devoir combattre, mais elle était devenue la proie et devait faire preuve d’endurance. Était-ce de la lâcheté ? Devait-elle faire face et se battre ? Elle était capable de tuer des hommes plus lourds et plus musclés qu’elle. Elle était entraînée et déterminée. Mais quelque chose l’empêchait de faire demi-tour, son instinct la poussait à aller de l’avant. Pour survivre, il le fallait, elle le ressentait ainsi dans son cœur.

La traque se poursuivit de longues heures et Lisbeth fut persuadée que la créature se jouait d’elle. Humain ou bipède, le chasseur aurait parfaitement pu la rattraper pour faire ce qu’il voulait d’elle, mais au contraire, il se contentait de rester toujours à la même distance, la poussant dans la direction du sud. Lisbeth essayait tant bien que mal de lutter contre cela, mais plusieurs fois elle se surprit à marcher en direction des marécages. Quand l’aube se leva, les pas s’estompèrent et la jeune fille se rendit compte que les arbres étaient de moins en moins nombreux autour d’elle. Si elle n’était pas encore entrée dans les marécages, ceux-ci s’étendaient à ses pieds. Lisbeth jura entre ses dents, prononçant des mots qui auraient horrifié sa mère, et tomba à genoux. Elle était épuisée, des larmes glissaient sur ses jours, non de peine, mais de fatigue. Son estomac était affamé et sa gorge sèche. Retourner dans la forêt, trouver un ruisseau était au-dessus de ses forces. Dans les marécages elle aurait de l’eau. Elle pouvait les traverser, après tout, les racines, les arbres, cela ne faisait que la gêner. Mais la fatigue fut la plus forte et la jeune fille s’endormit en position fœtale sur le sol.

Elle se réveilla quelques heures plus tard. Son esprit était plus clair, mais son corps lui envoyait des signaux contradictoires. Sa soif et sa faim lui conseillaient d’aller dans les marais, trouver de quoi étancher leurs besoins. En revanche, sa raison et sa peur lui montraient le couvert des arbres comme un bien meilleur abri, d’autant plus que les marécages ne l’emmenaient pas dans la bonne direction. Elle réussit à vaincre les besoins de son corps et même si ses muscles protestaient de plus en plus, même si sa tête se faisait légère, Lisbeth reprit sa route.

Celle-ci fut ardue, mais elle réussit à apaiser à la fois sa soif et sa faim en suçant l’intérieur des grosses tiges de plantes qui ressemblaient à des roseaux. Une sève aqueuse y était renfermée et même si le goût de vase était fort, la plante avait le mérite d’être comestible. La nuit revint une nouvelle fois et Lisbeth eut de plus en plus de difficultés pour continuer d’avancer. Elle s’épuisait et savait pertinemment que le chasseur n’attendait que cela. Elle s’exhorta néanmoins à tenir jusqu’au matin. De toute évidence, elle ne pourrait fuir, elle devait abandonner cette idée. Faire face devenait la seule solution, il lui faudrait donc, lors de la prochaine journée, trouver une source, de quoi manger et reprendre véritablement des forces. Avec du repos et un corps nourri, elle serait capable de se battre. Pourtant à cette idée, sa gorge se serrait et son cœur battait plus vite. Avait-elle tellement peur de perdre la vie qu’elle redoute à ce point-là le combat ? Ou son chasseur n’était-il pas un simple homme décidé à lui faire passer une épreuve ?

Lorsque l’aube éclaira le ciel, la jeune fille s’écroula sur le sol. Elle avait tenu !

Elle s’accorda quelques minutes de pause avant de se relever. Il ne fallait pas qu’elle s’endorme, pas avant d’avoir trouvé de l’eau et posé un piège. Lisbeth dû encore marcher deux heures avant de trouver une petite rivière et elle plongea sa tête dans l’eau fraîche avant de boire à s’en distendre l’estomac. Elle prépara ensuite un piège et en attendant d’attraper un plus gros gibier, remua le fond de la rivière pour saisir entre ses doigts de petites crevettes et poissons qu’elle mangea cru. Ils avaient le goût de vase, mais la jeune fille n’en avait cure. La fatigue la rattrapa et elle s’effondra sur le sol, se laissant quelques heures de sommeil avant de manger et boire à nouveau pour se préparer à son combat.

Lorsqu’elle s’éveilla, Lisbeth se rendit immédiatement que quelque chose n’allait pas. Puis elle comprit que c’était déjà le crépuscule, que le soleil se couchait, obscurcissant son champ de vision. Elle n’avait plus le temps de s’éloigner des marécages. Elle n’avait même pas le temps de relever son piège. La jeune fille sortit son poignard et l’attacha à sa taille. Puis, elle se saisit de son pistolet et alors qu’elle l’armait, Lisbeth distingua une silhouette, non loin d’elle, dont seuls les yeux brillaient d’une lueur inquiétante, captant les derniers rayons du soleil couchant. Elle ne pouvait plus reculer.

david_weishaar_trois

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