Le 17 Avril 2016 : Manuscrit

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Alex et Emma étaient allées manger dans un petit restaurant asiatique à volonté avant de revenir pour ouvrir la boutique. Emma comptait se promener un peu en ville, mais elle avait d’abord besoin du café que lui proposait sa tante, et son ventre bien rempli exigeait une petite sieste dans le fauteuil, avec la suite de son roman.

Alors qu’elle somnolait, se perdant entre les lignes, inventant parfois une histoire qui n’était plus celle du roman, elle entendit un homme entrer.

« -Bonjour, Madame. Vous êtes la libraire ?

– Oui, répondit sa tante.

– Voilà, j’ai écris un livre, est-ce qu’il serait possible de le mettre dans votre librairie ?

– Pourquoi pas, vous en avez un exemplaire ici ? Par quel éditeur êtes-vous passés ? Si je peux, je le commanderais, sinon vous pourrez le mettre en dépôt chez nous !

– Alors c’est un essai littéraire sur le développement des symboles celtes de l’autre-monde dans la littérature médiévale et actuelle.

– Je ne sais pas si on aura un grand public pour ce genre de sujet, mais pourquoi pas, montrez-moi. »

Emma entendit un bruit de sac qu’on ouvre et de papiers qu’on sort.

« -Vous avez du vous tromper, Monsieur, il me faut le livre, pas votre manuscrit.

– Mais… c’est mon livre !

– Comment ça ?

– Ben, je vous montre mon livre !

– Mais vous ne l’avez pas fait publier ?

– Pour quoi faire ?

– Eh bien, parce qu’il s’agit de votre original, il faut le faire publier, sinon on ne peut pas le vendre en librairie !

– Ah bon ?

– Oui, Monsieur !

– Vous êtes sûre ?

– Parfaitement, monsieur.

– Alors, vous le voulez pas ?

– Envoyez-le à une maison d’édition (tapé à l’ordinateur avant, vous aurez plus de chance de le faire publier), sinon passez par une maison d’édition à compte d’auteur.

– Mais vous ne pouvez pas le faire, vous ?

– C’est une librairie ici, pas une maison d’édition.

– C’est pas pareil ?

– Non, ici on vend les livres publiés par les maisons d’édition.

– Ah. Donc vous le voulez pas ?

– Non.

– Ah, d’accord. Merci Madame, au revoir ! »

Emma attendit que la porte se referme pour se retourner sur son fauteuil et regarder sa tante. Elles ne purent échanger qu’un regard avant d’éclater de rire.

Sujet du 18 Avril : Pouvoir du nom

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7 commentaires pour Le 17 Avril 2016 : Manuscrit

  1. J’aime particulièrement la saveur de cet article, vraiment.

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  2. Herb'au logis dit :

    pas très inspirée aujourd’hui…

    Michaël est encore sur Skype avec Alizée (quels bavards !) et une fois de plus ils comparent leurs façons de vivre.

    M : Avec Mutti, nous sommes allés visiter une grande bibliothèque et on nous a montré de vieux manuscrits. Ils étaient magnifiques.

    A : Raconte.

    M : Ils avaient été écrits il y a des siècles par des moines copistes, et il y avait des superbes enluminures.

    A : Des moines copistes ?

    M : Oui, c’étaient des moines qui passaient leur vie à recopier des livres, afin de pouvoir les transmettre aux générations futures.

    A : Nous, nous n’avons pas beaucoup de documents de ce style. Traditionnellement, les transmissions se faisaient essentiellement de façon orale. Les anciens racontaient les histoires de notre peuple, chacun apprenait en écoutant, puis, à son tour retransmettait aux plus jeunes.

    M : Mais comment faisiez-vous pour ne pas oublier ? Tu sais ce qu’on dit : « Les paroles s’envolent, mais les écrits restent ».

    A : Bien sûr, je comprends, du moment que quelque chose est écrit, on peut s’y référer, c’est une valeur sûre. Mais c’est aussi très figé, plus rien ne peut changer. Chez nous, les récits n’étaient pas toujours les mêmes, ils étaient retransmis avec les arrangements du conteur, selon son humeur et aussi selon le message qu’il voulait faire passer. Mais du coup notre culture restait très vivante.

    M : C’était bien différent, en effet. Maintenant, quel que soit l’endroit du monde où on vit, les traditions se perdent. Les conteurs ne doivent plus être très nombreux. Et plus personne n’écrit à la main. On a d’ailleurs même inventé un nouveau mot : le tapuscrit. C’est devenu obligatoire de savoir écrire sur un ordinateur. C’est un peu dommage car une belle écriture est bien agréable à voir, et ces vieux livres écrits à la main sont des objets magnifiques car ils conservent l’âme de celui qui a travaillé sur ces pages.

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