Le 15 Août 2016 : Rouge

Red-Room

(texte écrit il y a fort longtemps!)

Pourquoi suis-je là ? Pourquoi m’avoir amenée ici ? Je ne voulais pas. Je souhaitais simplement rester avec mes sœurs.

Toute cette lumière… Cette lumière rouge ! La lumière écarlate de cette pièce. De cette chambre… Lumière écarlate qui « n’éclate » pas cette pièce. Elle ne crée pas d’espace. Elle reste prisonnière, tourne en rond, macule les objets, les étouffe de couches successives de lumière fade.

Elle ne fait que renforcer l’impression qu’il y a trop de choses. Trop.

Oppression. Je ne peux plus respirer.

Je veux m’en aller. Laissez moi partir. Je n’ai pas demandé à venir !

Regardez !!! Ouvrez les yeux !

Il y a de tout et tout se noie dans cet amalgame !

Les tuyaux de métal se tordent de douleur dans leur pourpre ; un imperméable se replie sur lui-même avant d’abandonner la lutte, vaincu par le vermeil ; des bâtonnets rubiconds tentent en vain de s’échapper de boîtes en plastique… Trop de choses. Trop.

Non je dis des sottises. Pourpre, écarlate, rubicond, vermeil, rose, violet, chair, rubis… Tant de nuances… qui n’existent pas ici ! Tout est rouge. Rouge et seulement rouge. Rouge sang. Comme éclaboussé. Figé par ce crime. Qu’avons-nous fait ?

Moule à charlotte pendu par un pied, lampe suspendue par le cou, briques de papiers, goupillon attaché au mur, balai qui ne touchera jamais le sol, robinet, étagères. Boîte à œufs. Avec six œufs. Peints en rouge. Pourquoi ? Quelle utilité ? Qu’ont-ils faits ? Pourquoi tout est-il ici prisonnier ?

Pinces à linge, boîte à outils, pot de confiture avec son couvercle à carreaux blancs et rouges, tringle à rideaux, sac de voyage, bidon métallique seule ouverture, comme la gueule béante d’un monstre rouillé, bobine de fil, chaîne à vélo, escabeau, Rouge.

Cercueil. Un tout petit cercueil, comme le cercueil d’un enfant. Comme si on voulait enterrer notre vie quotidienne. Notre vie.

Un cercueil peint en rouge.

Tout est rouge.

Pourtant, aucune photo ne sera développée ici. Nulle place pour la créativité. Tout est placé, là, ensemble, sans ordre ni méthode. Pour vous montrer votre vie, pour vous étouffer.

Je veux m’en aller !!! Laissez-moi partir… Qu’ai-je donc fait ?

Je connaissais les chambres jaunes, les chambres noires. Les chambres froides.

Pourquoi une chambre rouge ?

Une lampe s’allume. Encore une. Sa lumière est jaune. Surprise. Étonnement. Apporte-t-elle quelque chose de nouveau ?

Oui ! Quelque chose qui n’a pas été peint. Quelque chose de blanc et noir. Quelque chose qui représente la création. Un clavier de piano… Là-bas, tout au fond. Sous l’horloge, rouge, maîtresse du temps (peut-on le peindre de rouge, lui aussi ?).

Oh lumière jaune ! Oh lueur d’espoir ! Tu es prisonnière dans ce monde sanglant. Tu ne peux fuir !

Tu attires à peine le regard. Tu n’éclaires qu’à peine… Quelle est ta place ici ?

Ma soeur, je te comprends !

Oh oui, je te comprends.

Mais moi, je suis peinte de sang. Moi aussi, j’ai été arrachée à ma famille. Je suis placée dans cette chambre rouge, incapable du moindre mouvement. Tout le monde pense que c’est « ma » place. Comment peuvent-ils juger ? Lampe, ma sœur, comment peuvent-ils nous juger de la sorte ?

Ma place n’est que dans la nuit noire et neigeuse, dans l’obscurité voluptueuse, violette et virevoltante, dans le velours soyeux des étoiles scintillantes comme des milliers de vers luisants, dans l’air verdâtre des odeurs marécageuses et douceâtres.

Fuir !

Je ne le peux.

Parce que moi, la petite chouette, en haut à gauche, j’ai été peinte en rouge.

Sujet du 16 Août : Enfermé dehors

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3 commentaires pour Le 15 Août 2016 : Rouge

  1. Herb'au logis dit :

    bouh, on a pas trop envie d’y venir dans ce rouge-là…

    Adalie continuait son tour du monde. Elle était libre et heureuse. Elle se trouvait belle et lustrait ses élytres avec plaisir. Ce rouge, vraiment, qu’il était beau ! Vermillon, brillant, tout pour plaire. Ou pour ne pas plaire d’ailleurs, tout dépend à qui on s’adresse. Adalie savait bien que sa couleur lui servait aussi de protection contre les prédateurs. Rouge = danger ! = toxique ! Donc elle se sentait tranquille, les oiseaux insectivores passaient leur chemin pour attraper des proies moins risquées.
    Elle aimait bien aussi ses deux seuls petits points. C’était sobre, discret. Juste une petite distinction qui, si l’on s’y prenait bien, pouvait aussi aider au camouflage.

    Un jour qu’elle voletait de fleur en fleur, d’herbe en herbe, elle se trouva nez à nez avec un drôle d’animal qui lui ressemblait tout en étant bien plus gros. Elle se cacha sous une feuille pour pouvoir l’observer tranquillement.

    La bête était ronde comme elle, rouge comme elle, avec des points comme elle. Sauf qu’elle en avait beaucoup plus. Elle était totalement immobile. Elle devait guetter. Mais quoi ? Qu’est-ce que ce genre d’animal pouvait manger ? Adalie était-elle en danger ? Elle attendit un long moment bien à l’abri, mais l’étrange bestiole ne bougeait toujours pas.

    Adalie finit par s’aventurer prudemment hors de sa cachette, pas de réaction. Elle s’avança, à petits pas, toujours rien…Rassurée sur les intentions de cette bête qui ne devait pas être très méchante, Adalie engagea la conversation.

    « Dis-donc, tu as vu comme on se ressemble ?…Ton rouge n’est pas mal non plus…un peu plus terne que le mien peut-être… Mais tu sais ça peut s’arranger, il faut en prendre soin, bien frotter sa robe tous les matins, à la rosée…Par contre, qu’est-ce que tu as comme points…C’est mieux quand on en a beaucoup ?…Moi, je me trouve bien avec seulement deux…Ça me suffit…Eh oh, tu m’entends ? Réponds-moi !…Tu n’es pas très causante, dis-donc…Tu n’as pas l’air bien méchante. Ça te dirait de faire le tour du monde avec moi ?…»

    Aucune réponse de la part de ce curieux animal. Pas un geste, pas un mot. Adalie, un peu interloquée finit par se lasser. Elle aurait bien aimé une compagne de route, mais puisque celle-ci ne répondait pas à ses avances, elle décida au bout d’un moment de continuer son chemin seule.
    La fraise resta au bout de sa tige et continua à rougir au soleil.

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